OMNOPOLY : Faillite ou rééchelonnement de la dette ?
Dans un précédent article, nous tentions de comparer la gestion d’OMNES Education au jeu du Monopoly au point de l’illustrer par sa contraction en OMNOPOLY.
Où en est la partie ? Suivant les règles du Monopoly, la faillite est déclarée quand le joueur ne peut pas payer une dette. Il est alors éliminé du jeu et ses actifs sont éventuellement liquidés ; vendus ou remis à la banque. Le rééchelonnement de la dette n’est pas prévu. Ce dernier dispositif existe bel et bien dans l’économie réelle. Il relève du bon vouloir des banques à l’aune du poids de la dette et du « capital social »¹ — selon Bourdieu — des dirigeants de l’entreprise en délicatesse. Le poids de la dette peut aussi affecter les résultats d’une banque trop prêteuse en cas de liquidation judiciaire d’une entreprise …
Si l’on se réfère aux comptes consolidés publiés par le gestionnaire de fonds SAS EDUCIN TOPCO qui consolide la plupart des écoles et entités du groupe OMNES, n°2 du secteur. Les emprunts et dettes financières s’élèvent à 954 M€, à quand le milliard d’euros ?
La décomposition de cette dette en donne la mesure :
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- Les emprunts obligataires convertibles s’élèvent à 216 M€. Ces emprunts ne seront pas forcément remboursés en étant convertis en actions et de ce fait ne sont pas considérés comme de la vraie dette : néanmoins cela en est.
- Les emprunts et dettes auprès des établissement de crédits s’élèvent à 727 M€. Il s’agit ici des dettes bancaires d’un niveau très élevé, qui devront, elles, être remboursées.
- Les intérêts courus sur emprunts s’élèvent à 29 M€. Ce sont des intérêts sur les emprunts que le groupe n’a pas encore payés et qui seront réglés à la fin de l’emprunt.
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Quant au résultat d’exploitation — permettant de mesurer la rentabilité opérationnelle d’une entreprise — il a été réduit en proportion inquiétante entre 2024 (41,6 M€) et 2025 (27,4 M€). Les résultats chutent. Convenons-en, cela ne va pas faciliter le paiement des intérêts et le remboursement des emprunts … Quant à une revente dans ces conditions, elle relève de la chimère². Les marges de manœuvres des divers groupes de l’enseignement privé lucratif sont plus que réduites, l’exploitation des équipes et les « réformes pédagogiques » ont atteint leurs limites³.
Notre hypothèse est que l’éclatement de la bulle financière du secteur de l’enseignement privé lucratif est suspendu au rééchelonnement de la dette de nombre de groupes par les banques dont BPI France. Notons que le Collège de Paris est déjà en « procédure de sauvegarde ». Qui sera le suivant ?
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1. En ce qui concerne le « capital social » des dirigeants actuels d’EDUCIN TOPCO alias OMNES Education, l’on peut compter parmi les membres du conseil de surveillance — hormis BPI France et les commissaires aux comptes FI Partners et PwC — : le Président exécutif d’Omnes (École Polytechnique et Mines-PSL) ; le président du conseil (Sciences Po Paris, ENA) ; un ancien directeur général d’HEC et trois anciens HEC ; un ancien de Cambridge (représentation du fonds britannique oblige) et avec le cabinet Françoise GRI Conseil, l’une des plus importantes personnalité du monde des affaires en France.
Les amateurs de prosopographie, de « biographie collective » pourront aussi s’intéresser aux dirigeant des autres grands groupes du secteur pour le croisement des réseaux économiques, politiques et institutionnels. Les résultats peuvent éclairer des décisions financières, économiques et/ou politiques qui peuvent paraître « surprenantes » au néophyte.
2. Nous nous contenterons de citer « Le Référentiel des financements des entreprises n°431 » de la Banque de France : Les montages à effet de levier LBO : Dans la mesure où ces montages reposent essentiellement sur l’endettement, tout retournement de conjoncture ou même une simple baisse de rentabilité de la société rachetée peut remettre en cause la capacité de remboursement de l’ensemble, constitué de la société holding et de la société d’exploitation, et aboutir au dépôt de bilan. De tels montages sont donc, par nature, vulnérables. Dans tous les cas, l’importance du service de la dette risque de limiter pendant plusieurs années les possibilités d’investissement de l’entreprise, réduisant sa capacité à faire face aux adaptations et à développer son potentiel de production.
3. Ils peuvent encore miser — dans une concurrence féroce — sur une progression de leur part de marché sur la manne de l’apprentissage en réduction ; récupérer d’éventuelles subventions associées à l’IA ; espérer une politique généreuse de visas accordés aux étudiants étrangers et/ou d’un projet de loi dit de « régulation de l’enseignement supérieur privé » qui serait favorable à leur business.
(N.B. : les chiffres indiqués ici sont arrondis.)
Les précédents épisodes
Omnes Education : le bateau ivre
Omnes & Monopoly
Que vaut Omnes Education ?
