Des Élections du CSE au CERENE

Chronique d’une démocratie empêchée

 

Il y a des silences qui ne sont pas des oublis, mais des choix. Celui qui a entouré les élections du CSE du CERENE en dit long : des mois à attendre, sans convocation, sans réponse, sans un mot pour expliquer pourquoi cinq sièges sur sept devaient rester vides, après que le seul suppléant eut été propulsé titulaire. Sur les panneaux d’affichage, les tracts se succédaient, et toujours la même absence. Les mails du CSE en place restaient sans réponse. Rien.
Les demandes se sont multipliées, polies d’abord à la fin 2024, plus fermes au début 2025. Rien. Pas même un accusé de réception. Ici, on laisse le temps passer. Il use bien mieux que les arguments. Le simple fait de vouloir voter dérange l’ordre des choses. Et l’ordre, on le sait, préfère le silence aux remous.
En avril, une réunion tendue a achevé ce qu’il restait du CSE : une démission de plus, un seul élu pour parler au nom de tous. On aurait voulu croire qu’un tel vide précipiterait la relance du processus électoral. Naïfs que nous sommes.
Puis, au cœur de l’été, un protocole d’accord est apparu, discret. Juillet = écoles fermées, affichages syndicaux décrochés, adresses professionnelles inaccessibles. Parfait moment pour ne rien entendre. Un calendrier « neutre », bien sûr, mais si pratique qu’il en devient éloquent.
Le texte du protocole ajoutait une étrangeté : les chefs d’établissement pourraient voter et se présenter. La direction affirmait qu’ils restaient des salariés comme les autres, sans pouvoir décisionnaire sur la politique générale. Sans doute y ont-ils vu un symbole. Pourtant dans les faits, ces responsables recrutent, évaluent, organisent, non ? Comment imaginer qu’un salarié confie ses difficultés à celui qui le note ?
La SNPEFP-CGT a contesté cette lecture, la CFDT l’a partagée. Les deux ont signé, par pragmatisme, tout en maintenant leurs réserves. On ne repousse pas indéfiniment un scrutin déjà différé depuis des mois.
Août a passé dans une torpeur administrative attendue : pas d’accès aux adresses internes, pas d’affiches sur les murs, et des sites dispersés aux quatre coins du pays. Une campagne confinée dans le silence.
À la rentrée, tout s’est précipité. Quelques jours pour composer les listes, écrire les professions de foi, entre deux réunions et la préparation d’une nouvelle année
scolaire. La CFDT a déposé sa liste, où figurait un chef d’établissement. La CGT a maintenu la sienne, portée par ceux qui restaient malgré les départs, la fatigue et les promesses fatiguées.
Les élections se sont tenues les 23 et 24 septembre. Cinq sièges sur sept pour la CGT. Une victoire nette, sans triomphe, simplement la reprise d’une parole.
Ces élections ne sont pas un épisode administratif, elles racontent la persistance d’un collectif, une obstination à rester debout dans un climat d’usure. Elles rappellent qu’un CSE n’est pas une formalité, mais un lieu où le travail peut encore parler de lui-même.
Reste une ombre : une cheffe d’établissement, toujours élue, brouillant la frontière entre hiérarchie et représentation ; et une question suspendue : que vaut la démocratie sociale quand elle dépend du bon vouloir de ceux qu’elle doit contrôler ?

Il aura fallu des mois de silence, un été de patience, la ténacité de quelques salariés pour qu’enfin les urnes s’ouvrent, pour permettre un retour à l’essentiel : parler d’égal à égal. Et c’est dans ce simple geste, reprendre place autour de la table, qu’il y a sans doute le début d’autre chose. La première réunion du CSE l’a laissé deviner : la parole, cette fois, circulera, c’est certain.

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