Un exemple révélateur de la dérive des aides publiques à l’apprentissage
Sous fond de réduction des aides publiques à l’apprentissage et de la fermeture de « l’open bar » des fonds de l’alternance à partir desquels le supérieur privé a assuré sa croissance tout en dénigrant dans sa communication commerciale le secteur public, Monsieur le ministre du Travail et des Solidarités Jean-Pierre FARANDOU — à l’occasion du « Projet de loi contre les fraudes sociales et fiscales » — a estimé que les « dérives de l’apprentissage » s’élèvent à 650 millions par an soit plus de la moitié du budget consacré, sans compter le Compte personnel de formation ou la formation pour les demandeurs d’emploi. Cela en dit long d’une part sur l’absence de contrôle sérieux par les services de l’État de l’attribution et de l’emploi de « ce pognon de dingue », d’autre part de la fantasmée auto-régulation du marché. Rappelons que la fraude dite à la « taxe carbone » est estimée en France à un total de 1,6 milliard. Elle est donc largement dépassée.
En septembre 2024, nous décrivions le système frauduleux Propuls’up/EBM Business school in PROPULS’UP : De la prédation des aides publiques avec annonce de la transmission du dossier aux DRIETTS compétentes et relais à la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes et aux Directions départementales de la protection des populations. L’entreprise s’était bien gardé d’attaquer notre syndicat en diffamation et nous avions conclu à l’époque :
« PROPULS’UP est l’exemple qui cristallise toutes les dérives de la privatisation de la formation professionnelle, de l’alternance. Que font les certificateurs Qualiopi et France compétences ? Les services de l’État et des collectivité territoriales ? »
L’addition est arrivée avec l’annonce de la fin d’autorisation d’exercée d’EBM Business school et une demande de redressement de 9,5 millions ! Ce sont aussi 800 apprentis qui vont devoir être recasés. Qu’est-il prévu pour indemniser et assurer la formation des précédentes victimes qui ont découvert le monde du travail de la sorte ? Les carences du privé vont-elles charger la barque du public et de son budget défaillant ? Quelles responsabilités politiques face à pareille gabegie au détriment de l’enseignement public et de l’avenir de la Nation ?
D’autres officines sont dans le collimateur avec leur lot de futures condamnations civiles et pénales mais quid des grands groupes financiarisés tels que Galiléo, Omnes, Eduservices ou Ad Education qui ont assuré leur croissance, fondée sur des LBO successives (achat à effet de levier) avec le soutien de BPI France, grâce aux fonds de l’alternance ? Il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt.
