À Lens, une grenade a arraché la main d’un lycéen de quinze ans qui voulait devenir menuisier ; à Saint-Étienne, un autre a perdu la sienne. Le 17 octobre, un homme est mort boulevard Magenta. La préfecture comptait un record d’interpellations. Pour les vitrines, une loi prête depuis juin ; pour les corps, des enquêtes. J’y étais. À qui profite ce 17 octobre, du gouvernement à Vance et au RN ?
Notre camarade Nadia Kamali nous livre son témoignage et analyse après les manifestations du 17 octobre.
Samedi, les gaz descendaient jusque dans les rames de métro.
Je manifeste à Paris depuis plus de douze ans pour les retraites, contre les violences faites aux femmes, pour les enseignants, les soignants, la culture. Je connais les pétards, les lacrymos, les cris, les moments où l’on court sans très bien savoir pourquoi et je n’ai jamais pris une manifestation pour une promenade.
Dès 13 heures, avant que le cortège ne quitte République, les rues se fermaient. Des lignes de CRS attendaient aux débouchés, les nasses se formaient : le dispositif des semaines précédentes, en plus grand. On m’avait raconté Nation, le 8 octobre, ses issues bouclées, les gaz dans une place close et ces jeunes montés sur les toits qui descellaient des briques de cheminée pour avoir quelque chose à jeter : s’extraire à tout prix d’un piège tendu. Samedi, j’ai vu la méthode à l’échelle d’une ville. Boulevard Magenta, alors que le cortège avançait sans incident, des camions de CRS se sont rangés en travers de la chaussée et l’ont coupé en deux, moteurs allumés, face à la foule. Une ligne de camions qui avance vers des gens qui n’ont plus de place pour reculer réveille des images qu’on n’a pas choisies de convoquer.
La peur circulait. On essayait de la contenir, de rester ensemble. Devant moi, une jeune fille tenait sa pancarte au-dessus des têtes qu’elle avait préparée comme un mantra : « C’est parce que j’ai eu peur de venir que je suis venue. »
Dans cette foule de plus en plus dense cohabitaient deux sentiments que je n’avais jamais vus tenir ensemble à ce point : la peur physique de la police et sa détestation. Au moindre mouvement d’une ligne de CRS, tout un bloc reculait. Quelques minutes plus tard, les cars de CRS ouvrant le cortège, de la tête à la queue du cortège qui les suivait, une seule voix scandait ACAB, tous chantaient « tout le monde déteste la police » et frappaient en rythme dans les mains pour « Siamo tutti antifascisti ». Des lycéens, des étudiants, des gilets jaunes revenus huit ans après, des enseignants, des soignants, des taxis, des agriculteurs : des gens qui n’avaient ni le même âge, ni les mêmes métiers, ni forcément les mêmes idées. Tous avaient vu les mêmes images des mutilations, subi ou regardé les nasses, les interpellations, les humiliations. La disproportion des réponses donnée à leurs revendication leur avait donné quelque chose en commun : la détermination, plus forte encore que la peur.
Entre 550 000 et 800 000 manifestants dans le pays, selon le ministère ou les organisateurs. Place de la République, sous la lacrymo et la fumée noire, une banderole couvrait désormais la statue : « 2026, la police mutile les lycéens ». À l’entrée de la place, des policiers avaient encore une fois lu les pancartes avant de laisser passer. Mon fils et son ami, lycéens, mineurs, étaient là. Eux aussi avaient des choses à crier, parce qu’ils connaissent désormais le maintien de l’ordre devant leur établissement parisien, les camarades emmenés en garde à vue, parfois plus de quinze heures, pour deux poubelles poussées et des vêtements noirs. Quinze heures, pour des adolescents dont le tort, à cet instant, était de ressembler à ceux qu’on cherchait, ou aux intentions qu’on leur prêtait. L’intention devient le délit, et la préfecture de police sonde les âmes.
Hier soir, dans la nuit, après la manif, les bilans tombaient au milieu des images : un homme mort boulevard Magenta, un arrêt cardio-respiratoire selon la préfecture, porté par des manifestants jusqu’à la caserne de Château-d’Eau. Un jeune homme de vingt-deux ans tombé de l’Arc de Triomphe, que le parquet, à l’heure où j’écris, ne relie pas au cortège. À Saint-Étienne, un garçon de dix-sept ans amputé d’une main. 855 interpellations dans Paris, un chiffre que la préfecture elle-même appelle record et toutes ces vitrines brisées, ces magasins pillés, l’hôtel de ville de Limoges en feu, un commerçant hagard, debout au milieu de sa petite boutique d’électronique vidée.
Deux colonnes, et je veux savoir laquelle pèse.
Ce mouvement est né loin de la rue : dans les outre-mer, puis au lycée Saint-Exupéry de Créteil, où des élèves et leurs professeurs n’avaient plus de quoi faire cours, les remplaçants qui n’arrivent pas, les emplois du temps troués et à rallonge, des bâtiments qui prennent l’eau, le froid, les canicules qui se suivent, et Parcoursup au bout du couloir, qui terrorisait tous les élèves et leurs parents, bien avant qu’ils ne croisent un CRS. La Seine-Saint-Denis a suivi, puis le pays. Leurs revendications tiennent sur une feuille d’écolier. Elles sont les mêmes depuis 1978, rappelle l’historien Robi Morder, quand les lycées de Saint-Denis, d’Aubervilliers et de Montreuil se soulevaient déjà faute de professeurs. En 1990, un mouvement parti du même département avait obtenu un plan de 4,5 milliards de francs. Je n’étais pas encore lycéenne, mais déjà sur les bancs d’une classe surchargée. Aujourd’hui, je suis toujours au lycée, j’y découvre dans des lycées sous-contrat d’Ile-de France, que pour pouvoir dépenser les dotations du diocèse et de la région à la fois, on refait chaque année les peintures et on y cire à chaque rentrée tous les parquets. Les salaires des professeurs, eux, sont bien pris en charge par l’EN.
Cette fois, il aura fallu un mois au gouvernement pour commencer à répondre aux lycéens du public : deux mille remplaçants affectés sur trois mille promis, pas toujours là où il en manque, ni dans la matière qu’ils enseignent. Rien sur les bâtiments, rien sur les emplois du temps, rien sur Parcoursup et pour le « reste », c’est-à-dire tout ce qui compte : on verra. À six mois de la présidentielle, « on verra » veut dire : le prochain gouvernement, peut-être. Le français a un mot plus court pour cette méthode, emprunté à l’arabe : « Inchallah ». Ils ne l’emploieront pas, l’islam leur pose déjà trop de problèmes d’électorat, plus que de conscience. Il faudra pourtant choisir à qui confier ce qu’ils auront laissé de cette école publique.
J’enseigne et j’écris pour la télévision et le cinéma. Je connais les dialogues écrits pour faire croire que quelque chose avance quand rien ne bouge : on reçoit, on écoute, on promet une enveloppe, on annonce une concertation, on attend. C’est la méthode du feuilleton : étirer, meubler, ne rien faire avancer jusqu’à la coupure. La coupure ici c’est les vacances qui arrivent, et ça tombe bien : le 17 octobre est le premier jour de celles de la Toussaint. Ce n’est pas un hasard de calendrier, c’est une méthode. Morder en mesure le coût : « ce qui aurait pu suffire comme concessions hier ne suffit plus aujourd’hui ». À force de vouloir gagner du temps, on perd toute possibilité de négocier.
Pierre Bourdieu nous appelait « main gauche de l’État », nous les enseignants, les infirmières, les travailleurs sociaux, ceux qui réparent ce que la main droite, celle des budgets, défait. Cette main gauche manifeste depuis des années. Et quand elle ne manifeste pas, elle s’épuise, s’arrête, puis démissionne, usée et vidée dans tous les cas. Le budget 2026, passé au 49.3, retire 4 032 postes d’enseignants aux écoles, collèges et lycées publics et gèle le point d’indice. Donc à des gens qui n’en peuvent plus, on promet quelques remplaçants et aux adolescents qui réclament des professeurs, on envoie la police, et pas n’importe laquelle.
Devant le Sénat, Laurent Nuñez a expliqué que le mouvement lycéen ne relevait plus du « maintien de l’ordre classique » mais des « violences urbaines ». Changer la qualification d’un mouvement, c’est changer les unités envoyées, les moyens employés, les armes autorisées : des brigades anticriminalité face à des élèves de quatorze à dix-huit ans. Au journal de TF1, le ministre avait annoncé une action « sans retenue » ; devant les députés, il a corrigé : pas de retenue dans le principe d’intervenir, de la proportionnalité dans l’action. Le sociologue Sébastien Roché, qui étudie la police depuis trente ans, ne connaît aucun ministre de l’Intérieur qui ait prononcé la première version avant lui. Quant aux grenades assourdissantes, suspendues après Lens, la suspension valait « uniquement pour le mouvement lycéen ». Samedi, le cortège n’en était pas un à leurs yeux. La convergence des luttes efface la protection qui est due.
Les chiffres suivent la doctrine : 6 629 interpellations au 7 octobre, selon le ministre lui-même, plus de 8000 depuis, dont 85% de mineurs ; trente-six enquêtes ouvertes à l’IGPN, dont quatre, de son propre aveu, pour « blessures mutilantes ». À Lens, le 5 octobre, Evan avait quinze ans, élève de seconde professionnelle, il voulait devenir menuisier. Une grenade lui a arraché la main gauche et deux doigts de la droite. Le procureur a repris la version des policiers avant que l’enquête n’ait commencé ; la famille a dû se constituer partie civile pour en obtenir une impartiale.
Evan voulait devenir menuisier.
À Saint-Étienne, samedi, la préfecture a d’abord parlé d’un « jeune majeur » blessé à la main. Il a 17 ans. Trois années ajoutées dans un communiqué ne soignent pas une main, mais elles effacent l’image d’un enfant mutilé.
Rien de tout cela n’est un dérapage. Olivier Fillieule et Fabien Jobard l’ont documenté dans Politiques du désordre : depuis la loi Travail de 2016, le maintien de l’ordre français a quitté la mise à distance pour le contact, les interpellations de masse et le tribunal. Le Flash-Ball est entré dans la police par les brigades anticriminalité, en 1995 ; son héritier, le LBD, sort aujourd’hui contre des lycéens. Pendant les gilets jaunes, David Dufresne a tenu le compte : une vingtaine d’éborgnés, cinq mains arrachées. On savait, puis on a recommencé. Pourquoi ?
Roché avance une réponse : « Ce qui est testé, là, c’est la résistance de la société. » Jusqu’où peut-on aller ? Quelle violence sera acceptée ? Qui protestera, qui détournera les yeux, qui réclamera plus de fermeté ? Un gouvernement sans majorité, qui gouverne au 49.3, cherche jusqu’où il peut aller contre la jeunesse, et quels soutiens il trouve en chemin. Vanessa Codaccioni a décrit le mécanisme dans Répression : traiter la contestation comme de la délinquance, c’est la dépolitiser. On ne discute plus avec des élèves qui réclament des professeurs, on défère des suspects, et la question scolaire s’efface derrière la question sécuritaire.
Samedi soir, Sébastien Lecornu a dénoncé l’« ultragauche », promis la loi « casseurs-payeurs » et déclaré : « Personne n’imposera son agenda politique par la violence. » Il ne parlait pas de la violence d’État ; c’est pourtant celle-là que des milliers de manifestants lui criaient depuis des semaines. Et promis est le mot de trop. La promesse date du 2 juin, lancée après la nuit de la victoire du PSG ; le projet de loi était sur la table avant la première nasse, le gouvernement en a accéléré l’examen début octobre, et le Sénat l’ouvre le 27.
Revenons aux deux colonnes. D’un côté, des vitrines, des abribus, des rayons vidés, une mairie incendiée et de l’autre, un homme mort sur le trottoir du boulevard Magenta, deux adolescents sans main, un troisième sans œil, des milliers d’interpellations, des mineurs par milliers. La première colonne avait sa loi en chantier quatre mois avant que le mouvement n’existe. La seconde attend des enquêtes, des conclusions, parfois simplement que les faits soient reconnus et en attendant, une préfecture vieillit les blessés de trois ans.
Je ne défends pas le pillage, mais je demande dans quel ordre on range les pertes.
Quand un État a sa loi prête pour les biens et des enquêtes pour les corps, il a déjà répondu. Le capitalisme n’a pas besoin de le proclamer, il classe : les biens d’abord, assurés, chiffrés, protégés ; les corps ensuite, en attente d’enquête, de reconnaissance, de réparation. Alain Bertho, qui suit les émeutes depuis vingt ans, le dit depuis Le temps des émeutes : l’émeute est ce qui reste quand la politique a cessé d’écouter. On peut relire la chronologie de ces quatre semaines et compter les jours où quelqu’un, au gouvernement, a écouté.
La convergence qu’on annonçait depuis 2018 a pris corps samedi : gilets jaunes et lycéens, précaires et fonctionnaires, plusieurs générations dans le même cortège. On l’imputera à l’ultragauche alors que ce sont des années de services publics abîmés qui l’ont fabriquée, avec toutes ces revendications ignorées, puis les ordres donnés, la disproportion des réponses et cette certitude qu’on rapporte désormais d’une manifestation : on peut y laisser une main, ou un oeil, pour avoir réclamé un professeur. Un pouvoir qui ne laisse que la rue comme adresse ne doit pas s’étonner que la rue réponde.
Reste à savoir à qui cette réponse profite. Ce pouvoir a obtenu sa loi immigration avec les voix du Rassemblement national et lui emprunte son vocabulaire depuis, tout en protégeant les patrimoines les plus élevés. Et il lit les sondages comme tout le monde : mi-octobre, chez Odoxa, Jean-Luc Mélenchon passe à 18 % et devance Édouard Philippe ; Marine Le Pen gagne cinq points. Les deux pôles montent, le centre s’affaisse. Perdu pour perdu, un camp qui ne peut plus gagner peut encore choisir à qui il perd.
Je n’ai pas accès aux calculs du gouvernement, je regarde ce que produit sa politique : une mobilisation pour l’école devient une séquence de violences urbaines. Les images des incendies remplacent celles des établissements délabrés. Le débat ne porte plus sur les professeurs manquants mais sur l’autorité, les casseurs, la peur ; et dans ce déplacement, l’extrême droite retrouve son terrain. Roché voit un gouvernement qui teste ses soutiens en frappant les lycéens, Morder un exécutif qui redoute surtout de paraître faible face à l’extrême droite. Ni l’un ni l’autre ne prouve une stratégie électorale, et je n’ai pas besoin de prouver l’intention pour mesurer l’effet, je dis juste qu’un ministre de l’Intérieur qui voudrait installer le RN ne s’y prendrait pas autrement.
L’extrême droite n’a d’ailleurs pas besoin d’attendre 2027 pour travailler : elle est déjà dans les textes. Une présomption de légitime défense pour les policiers qui tirent, adoptée en première lecture en juillet par 313 voix contre 199, dont la Défenseure des droits écrit qu’elle menace l’accès au juge et la manifestation de la vérité. Des parcours interdits et, le 17 au matin, 133 personnes interpellées avant le départ du cortège : pour ce qu’elles avaient fait, ou pour ce qu’on craignait qu’elles fassent ? L’intention devient le délit : Minority Report, avec vingt-huit ans d’avance sur le film.
Certains sont désormais dotés du pouvoir de sonder les âmes et une loi récemment votée les y encourage.
L’histoire a assez montré ce que la peur fait voter, et les milliardaires qui possèdent les médias le savent. Je prends le pari de ce qui occupera les écrans cette semaine : les vitrines, les rayons vides, la mairie qui brûle. Les professeurs absents et les bâtiments qui prennent l’eau, il faudra les chercher dans une presse plus indépendante, donc plus fragile. Les mutilations auront quelques secondes, avant le retour des plateaux sur l’insécurité.
Samedi soir, JD Vance avait déjà choisi son récit. Il a partagé la vidéo de la mairie de Limoges en flammes avec son diagnostic : les progressistes occidentaux ont importé le tiers-monde en France au nom de la diversité, « ils ont négligé les questions fondamentales d’assimilation et de compatibilité ». Puis il a prié pour que la France arrête cette folie avant que d’autres monuments ne brûlent, et prévenu ses compatriotes que les démocrates leur préparaient le même avenir pour le scrutin du 3 novembre.
Le ridicule d’abord : un vice-président américain, à deux semaines de ses élections de mi-mandat, explique par l’immigration un mouvement né d’un manque de professeurs dans les outre-mer. Il n’a vu ni les gilets jaunes, ni les agriculteurs, ni les infirmières, ni les retraités du cortège. Il n’a jamais entendu parler de Parcoursup. Il a vu une mairie qui brûle et il y a mis les visages qui arrangeaient son agenda.
Le danger ensuite, et il tient à la date. Vance a écrit ce message un 17 octobre. 65 ans plus tôt, jour pour jour, la police parisienne de Maurice Papon jetait à la Seine des Algériens qui manifestaient sans armes contre un couvre-feu réservé aux « Français musulmans d’Algérie ». Ces hommes étaient français ; l’Algérie, c’était la France, disait-on. On parlait d’assimilation, de civilisation, d’ordre public, et on promettait une citoyenneté dont les conditions étaient fixées par ceux qui la refusaient. Mathieu Rigouste a montré, dans La domination policière, comment les techniques forgées dans les guerres coloniales sont rentrées en métropole pour s’appliquer aux quartiers populaires. Cette histoire n’a pas disparu avec les indépendances ; elle a laissé des pratiques, des institutions, des mots. L’assimilation, précisément. Le mot que Vance emploie n’est pas un mot américain : c’est un mot français, avec un casier judiciaire !
C’est pour cela qu’il sera repris. Une partie de l’extrême droite française n’attendait que ce renfort : changer une colère sociale en question ethnique est le second temps du calcul. L’opération est connue : effacer les revendications, garder les images, désigner un peuple en trop. Elle reproche au passage à la gauche de soutenir les luttes sociales, comme si c’était une dérive récente ; la gauche naît avec le mouvement ouvrier, c’est sa fonction. Et quand on rappelle ce que cette extrême droite est, de Drumont à Zemmour, fasciste et antisémite, elle s’indigne qu’on la nomme. Elle voudrait qu’on oublie son histoire tout en reprenant ses obsessions.
L’eau mouille.
Je suis de celles à qui l’on demande, depuis l’école, de prouver leur assimilation. Inconsciemment, j’ai obéi à cette injonction ridicule en essayant de la prouver en classe, je la prouve aujourd’hui devant mes élèves, je la prouve dans des cortèges où l’on réclame des professeurs pour les enfants des autres. Je l’ai prouvée si souvent que je pourrais oublier l’absurdité de cette exigence : justifier sans cesse une place qu’on occupe déjà, une langue qu’on parle, un pays où l’on vit, travaille et transmet, une histoire familiale que les registres racontent depuis le XVe siècle. Et samedi, personne dans la foule n’a pensé à me demander d’où je venais.
Il y avait des adolescents qui réclamaient des professeurs, des adultes qui réclamaient de pouvoir faire leur métier, des gens qui avaient peur et qui étaient venus quand même, guidés par cette jeune fille et sa pancarte, mon fils et son ami. Il y avait toutes ces mains levées et celles qui ne le peuvent plus.
L’État, lui, continue de poser la question de notre place, à sa manière : par le choix de ceux qu’il écoute et de ceux qu’il gaze.
Que valent nos vies ? En 1961 comme en 2026, l’Etat français répond dans le même ordre.
Article publié initialement sur le blog de Nadia Kamali.
Nous avons mis en avant en gras certains passages, et associé une image de couverture (Formes des Luttes – Matthieu Holler).
