IA en cours : la direction impose, les formateurs s’interrogent

Un article proposé par la section CGT-IGENSIA

Présentée sans concertation lors de la rentrée des formateurs, l’intégration de l’intelligence artificielle dans la pédagogie laisse sans réponse les questions de propriété intellectuelle, de sécurité et de qualification. La CGT réclame des garanties.

La réunion de rentrée des formateurs, diffusée comme chaque année en direct depuis le siège, réservait une surprise. Pas un mot du directeur général, absent de l’écran. Rien non plus sur les effectifs, les outils ou la qualité de l’enseignement, au sortir d’un PSE. Les responsables des parcours et de la pédagogie n’avaient qu’un sujet : l’IA. « J’étais abasourdi. On se demandait d’où ça sortait », raconte un formateur élu CGT.

Le projet reste flou. Les étudiants disposeraient d’une interface dotée d’un crédit de requêtes. Pour les formateurs, l’IA serait intégrée à Mon Campus, où un outil de synthèse existe déjà. Le formateur l’a testé : invité à générer dix QCM à partir d’un cours fourni, il propose toujours les mêmes questions, simplement réordonnées.

Plusieurs salariés utilisent l’IA au quotidien, certains en ont fait leur spécialité. Aucun n’a été sollicité. Le formateur, qui a lui-même entraîné des modèles et codé des systèmes de reconnaissance d’images, ne l’a jamais été non plus. À chaque question, la même réponse : « Un comité a validé les outils. » Qui y siégeait, et sur quels critères ? Selon la CGT, la direction des achats aurait surtout comparé les prix. La question sera posée en CSE.

À qui appartiennent les cours ?

Premier sujet d’inquiétude : la propriété intellectuelle. Les formateurs restent propriétaires des cours qu’ils produisent, et même ceux qui les diffusent sous licence Creative Commons en réservent l’usage non commercial. Que deviendront ces contenus une fois versés dans les outils d’un prestataire ? Les entreprises d’IA ont déjà été accusées de s’approprier des travaux protégés. « Si je retrouve des parties de mon cours dans un modèle commercial, l’entreprise devra m’expliquer. Je n’ai pas signé avec le prestataire », prévient l’élu.

Une alternative existe pourtant : faire tourner des modèles ouverts sur un serveur interne. Plus de facturation à la requête, plus de dépendance à une entreprise qui pourrait disparaître, plus de fuite de données. La question a été posée. Réponse : le comité. Même incohérence côté DSI, qui bloque les modèles chinois gratuits utilisés par les étudiants, au seul motif de leur nationalité, tout en ouvrant la porte aux services américains.

Les données confiées à ces outils partent le plus souvent chez des prestataires non européens. Or c’est l’établissement, pas le fournisseur, qui répond de la protection des données de ses étudiants au regard du RGPD. S’y ajoutent les risques propres à l’IA, comme l’injection de consignes malveillantes capables de détourner un modèle. L’ANSSI a d’ailleurs publié des recommandations pour sécuriser ces déploiements. Ont-elles été suivies ? Nul ne le sait. Et le service juridique ne compte aujourd’hui plus aucun juriste en poste.

Se former, ça se paie

Bien utiliser l’IA suppose de se former. Or une nouvelle compétence, c’est une nouvelle qualification, qui doit être reconnue dans le salaire. Certains formateurs se sont formés par eux-mêmes, sans aucune valorisation possible. Interrogée sur ce point, la direction n’a pas répondu. Elle parie pourtant que les formateurs sauront encadrer l’usage de l’IA par les étudiants. « C’est complètement illusoire », juge l’élu, qui rappelle que plusieurs études, notamment du MIT, pointent les effets d’un usage non maîtrisé sur l’apprentissage.

Au cours du direct, une trentaine de questions ont été posées par écrit. Une dizaine seulement ont reçu une réponse. À 16 h 50, dix minutes avant la fin prévue, les animateurs ont clos la séance en assurant qu’il n’y avait plus de questions. Invoquant une autre réunion à 17 h, un responsable l’a ensuite reconnu en aparté. Pour la CGT, le message est clair : personne n’était venu pour répondre.

Tant que ces questions resteront sans réponse, la CGT dira non à cet outil.

Elle y voit avant tout un argument commercial : afficher une école « à la pointe », en laissant aux salariés et aux étudiants le soin d’en assumer les risques.

 

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Image : pch.vector – Magnific.com

 

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