La formation des assistants dentaires : un voyage dans un monde d’absurdité

Par Frédéric XIBERRAS, Professeur et formateur en CFA

La question de la formation des assistants dentaires soulève des problématiques cruciales concernant la crédibilité et la reconnaissance de cette profession au sein du système de santé. En premier lieu, il est évident que le programme de formation soit souvent perçu comme trop long pour ce qu’il y a à savoir, insipide et peu exigeant, ce qui soulève des inquiétudes quant à la qualité des missions attendues par ces professionnels. Dans un domaine aussi sensible que la santé, il est impératif que les assistants dentaires aient une compréhension solide des enjeux médicaux, éthiques et techniques liés à leur rôle, ce qui est loin d’être le cas, puisque l’assistant répond avant tout aux besoins de l’entreprise.

Alors que le rapport parlementaire du 9 juillet 2025 dresse un constat sévère – mais prévisible – sur les réformes successives du baccalauréat professionnel depuis 2009, la formation des assistants dentaires, simple Titre professionnel se revendiquant pourtant exigeant, repose généralement sur des modules modifiés au gré du temps, mais qui manquent de profondeur et de rigueur. Bien que certains éléments techniques soient abordés, une véritable formation en santé devrait inclure des connaissances approfondies sur l’anatomie, la physiologie, les pathologies dentaires et les protocoles d’hygiène. L’absence totale de cours sur la vie sociale et professionnelle (VSP) ne permet pas aux stagiaires de connaître leurs droits et devoirs en entreprise, d’identifier les ressources en cas de difficultés, ni d’acquérir des notions de comptabilité-gestion ou même un socle minimal d’enseignements généraux. Ce programme jugé « insipide » par de nombreux stagiaires — parfois même par certains praticiens — ne stimule ni l’esprit critique ni les capacités d’analyse, pourtant indispensables dans un environnement de santé.

De plus, le fait que l’accès à cette formation soit possible avec un niveau 3 (CAP, BEP) ou même un simple niveau de troisième sans obtention du DNB ( diplôme national du brevet) pose des questions sur les standards de la profession. Dans bien des métiers, une sélection rigoureuse est nécessaire pour garantir une base académique solide. Cela crée un paradoxe : d’un côté, les professions médicales, paramédicales et intermédiaires exigent plusieurs années d’études ; de l’autre, certaines formations rapides prétendent atteindre un niveau qualifiant équivalent sans en avoir la substance. La formation d’assistant dentaire n’atteint en réalité aucun niveau d’étude réel au bout de 18 mois -encore moins celui d’un Bac-  ce qui est pour le moins ubuesque. Un point critique : nombreux sont les centres qui, en pratique, ne respectent pas les prérequis par clientélisme.

Cette facilité d’accès nuit à la reconnaissance des assistants dentaires comme membres à part entière de l’équipe de santé. Si cette profession est perçue comme une voie facile, elle risque d’être considérée comme moins qualifiée, ce qui affecte leur statut et leur moral.

Pour remédier à ces lacunes, il serait nécessaire d’améliorer les programmes, d’ajouter des modules plus poussés sur la communication patient, la gestion pertinente des urgences, ainsi que d’augmenter la part de stages pratiques. L’Éducation nationale devrait véritablement intervenir dans ce champ.

En conclusion de ce premier point, la décrédibilisation de la formation ne doit pas être vue comme une critique gratuite mais comme un appel à reconsidérer les normes actuelles. Il est essentiel d’établir des standards clairs et rigoureux pour que ceux qui exercent un métier en lien direct ou indirecte avec la santé, possèdent les compétences nécessaires à la sécurité et à la satisfaction des patients.

Des compétences pédagogiques quasi inexistantes

La crédibilité d’une formation repose aussi sur la compétence des formateurs. Il ne suffit pas d’être diplômé pour être compétent, même si notre société sacralise le diplôme comme preuve incontestable. Le niveau d’étude n’est pas une finalité : il ne reflète que la capacité à se concentrer sur un sujet. L’orgueil l’emporte parfois sur l’intelligence.

La compétence véritable repose sur l’expérience, l’adaptabilité, la résolution de problèmes concrets, la capacité à travailler avec les autres. On peut posséder tous les diplômes du monde et rester incapable de transmettre, de s’interroger ou de progresser.

Les conséquences d’un manque de compétence des formateurs – dentistes ou assistants improvisés enseignants – sont considérables. Un formateur qui maîtrise son sujet inspire confiance ; un formateur qui commet des erreurs répétées ou ne sait pas répondre aux questions crée un climat d’incompréhension et de scepticisme. Certains s’obstinent même à enseigner des matières pour lesquelles ils n’ont aucune qualification, comme le français ou les mathématiques en parcours individualisé, alors que certaines personnes ont besoin d’un accompagnement linguistique assuré par des professionnels certifiés, etc. Cette situation, malheureusement trop répandue, alimente une colère légitime.

Efficacité de l’apprentissage

La qualité du formateur conditionne la qualité de l’apprentissage. Un bon formateur sait transmettre clairement, utiliser les bons outils, adapter son discours. Un formateur insuffisamment qualifié ne le peut pas, ce qui entrave la compréhension, la motivation et la rétention des savoirs.

La réputation de l’organisme de formation en souffre : les retours négatifs circulent vite. Les résultats mesurables de la formation sont compromis. Comment garantir des compétences solides avec des supports obsolètes, mal rédigés et une pédagogie lacunaire ?

Pour toutes ces raisons, les formateurs doivent posséder non seulement des connaissances mais une véritable expertise et une mise à jour continue de leurs compétences.

Des directions incompétentes en pédagogie

Une direction dépourvue de compétences pédagogiques ou incapable de garantir la qualité des formations porte une réelle responsabilité. Elle nuit à la satisfaction des apprenants, à la réputation de l’organisme, à l’efficacité du budget formation et à la culture professionnelle interne.

Une direction qui ne comprend pas les bases pédagogiques recrute mal, structure mal, évalue mal. Elle laisse les formateurs stagnants, ne propose aucune montée en compétence et ne sait pas mesurer les résultats. Cette incompétence affaiblit la formation, l’engagement des stagiaires et la crédibilité du titre.

De nombreux stagiaires trouvent la formation trop longue pour son contenu réel, mal articulée, sans logique interne : un véritable inventaire à la Prévert. L’évolution professionnelle est limitée, et certains quittent la formation pour reprendre des études menant à un diplôme d’État.

Alors, que reste-t-il ?
Un public souvent fragilisé sur le plan socio-éducatif, parfois peu accompagné dans la construction d’un projet professionnel solide, parfois en reprise d’activité après de longues interruptions. Le problème ne vient pas des personnes, mais d’un système qui attire des publics vulnérables sans leur offrir un cursus structuré et exigeant. 

C’est ainsi que cette formation finit par être perçue comme une « voie de garage », non par la faute des candidats, mais en raison du manque d’ambition éducative du dispositif.

Un facteur crucial : une organisation chaotique

Des rentrées en formation tout au long de l’année et des modules dispensés dans un ordre aléatoire créent une immense confusion pédagogique. Sans structure claire, pas de fil conducteur ; sans fil conducteur, pas d’intégration des connaissances ; sans intégration, pas de compétence.

Une mauvaise organisation génère anxiété, perte de sens, désengagement et incompétence future. Impossible de garantir la sécurité des patients dans de telles conditions.

Une formation à reconstruire

La formation des assistants dentaires apparaît aujourd’hui comme une construction ubuesque, désorganisée, mal encadrée, et disproportionnée par rapport à la reconnaissance professionnelle dont elle se prévaut. La CPNEFP (Commission Paritaire Nationale de l’Emploi et de la Formation) n’offre aucune garantie de rigueur comparable à un organisme académique exigeant, étant elle-même ubuesque.

Tant que la formation restera incohérente, mal structurée, trop superficielle et dépourvue d’un cadre pédagogique solide, il sera impossible de justifier son niveau de reconnaissance actuel. Une formation digne d’un métier de santé doit être exigeante, cohérente, rigoureuse, structurée et alignée sur des standards internationaux.

La création d’un BTS : la fuite en avant

Les propositions récentes visant à créer un nouveau métier d’assistant en santé bucco-dentaire relèvent de la précipitation politique.

Récemment, les déclarations du député du Lot, Raphaël Daubet — lui-même chirurgien-dentiste et animé d’une volonté sincère d’améliorer l’accès aux soins dentaires — illustrent pourtant une dérive fréquente : proposer des solutions rapides sans examiner la fragilité structurelle de la formation actuelle. 

Comment imaginer un BTS alors que la formation actuelle peine déjà à atteindre un niveau bac crédible ?

Combien d’assistants dentaires pourront réellement suivre un cursus de niveau BTS, alors que le système actuel permet d’accéder à la profession avec un niveau scolaire parfois très faible ? Le problème ne vient pas des individus eux-mêmes, mais d’un modèle de formation qui n’offre pas les conditions nécessaires pour amener ces publics à un niveau académique suffisant avant de les professionnaliser.

Il ne s’agit pas d’enfoncer la profession, mais de pointer un problème de fond. Sans réforme profonde, sans diplôme d’État, sans structuration académique, croire qu’un nouveau métier améliorera l’accès aux soins est illusoire.

La conclusion ? Sans une refonte sérieuse de la formation et l’instauration d’un véritable diplôme d’État, il est naïf d’imaginer qu’un nouveau grade suffira à améliorer la situation. Les praticiens, de leur côté, s’inquiéteront logiquement de financer des formations et du matériel pour des actes supplémentaires — avec le risque que l’assistant formé parte ailleurs dès l’obtention de son titre.

Le tiroir-caisse et l’ego primeront toujours tant que la formation restera incohérente, mal pensée et déconnectée des standards du monde de la santé. Une transformation profonde est indispensable si l’on souhaite redonner crédibilité, dignité et efficacité à la profession.

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