Une dérive mortifère
Les multiples alertes de terrain sur les grands groupes (Ad Education, Eduservices, Galiléo, Ionis, Omnes, etc.) et de nombreuses entreprises y compris des EESPIG (EFREI, ICN, KEDGE, etc.), nous contraignent à revenir sur la généralisation de la gestion financière du secteur de l’enseignement et de la formation privés. Précisons que ces alertes relèvent à la fois des conditions de travail, de licenciements collectifs dissimulés ou non, de la répression syndicale et des tentatives des employeurs pour empêcher le recours aux expertises économiques et sociales : orientations stratégiques ; situation économique et financière ; politique sociale, condition de travail et emploi.
De la pompe à fric
Le principe de la gestion financière est simple : il s’agit ni plus ni moins de faire remonter des entreprises-écoles un maximum d’argent afin de verser des dividendes imposants aux actionnaires et/ou rembourser la charge exponentielle de la dette du fait de LBO successives. Et cela, sans oublier la réduction de l’impôt dite « optimisation fiscale ».
Le système de sociétés imbriquées et de holdings permet, à chaque étape, de réduire à la portion congrue la « valeur ajoutée » et ainsi de prétendre justifier la « modération salariale », la participation et/ou l’intéressement.
Au moment où l’augmentation des frais de fonctionnement et du poids de la dette dans les groupes à LBO n’est pas compensée par une augmentation significative de la masse des étudiants, le recours aux expertises est incontournable. En effet, les expertises économiques et sociales au niveau des CSE et des comités de groupe sont le moyen d’obtenir une parfaite compréhension des implications des données chiffrées et des flux financiers ; toutes informations que les employeurs veulent garder pour eux. Ces informations sont particulièrement utiles lors de la négociation des accords collectifs dont la NAO. Les résultats de ces analyses expertes sont aussi l’occasion de s’interroger sur :
- les « autres achats et charges externes » ;
- les contreparties concrètes à la facturation des prestations de service et des coûts centraux ;
- les redevances de marque qui privent les écoles de moyens significatifs pour assurer leur pérennité et/ou leur développement ;
- la politique salariale et les conditions de travail ;
- l’opportunité de lancer une alerte économique, etc.
La logique financière, appuyée sur l’accumulation du capital, obère la logique opérationnelle et la juste rémunération des salariés en conduisant à des conditions de travail dégradés, au « conflit de valeurs » avec son lot de démissions, de « ruptures conventionnelles » et de burnout, et à une baisse de qualité de l’offre de formation¹. La politique de croissance externe des grands groupes et/ou de gestion purement financière, leur fuite en avant est contraire à la pérennité des entreprises et à leur développement pour soutenir la croissance et la création de nouvelles formations. Cette dérive mortifère n’est pas réservée aux grands groupes, on la retrouve dans nombre d’entités y compris les EESPIG aux exemples des « Business School » Emlyon et ICN dorénavant contrôlées par Galiléo et GEDU avec la perte du précieux label !
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1. Cette baisse de qualité généralisée se traduit par la dépréciation d’écoles d’excellence — fondées par des gens du métier et rachetées par des financiers — victimes de la politique de marque des grands groupes et de la démultiplication de ce qui est devenue une « marque-école ». Qui plus est, elles se retrouvent noyées dans la politique de « marque groupe » ou « marque parapluie » — visant à uniformiser le disparate des achats successifs via les LBO et à se faire passer sinon pour une université du moins pour une institution du supérieur — qui risque d’être légitimée via le projet d’agrément du MESR. En guise d’exemples, nous invitons le lecteur à s’interroger sur le fonctionnement actuel des « pépites » acquises par le groupe Galiléo ou sur l’uniformisation des logos de la « marque parapluie » Omnes …
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Pour aller plus loin :
Ionis Group : Un groupe particulier
Omnes & Monopoly
Kedge Business school : Abus de CDDU
ICN Business School : de Nancy à Jersey
EFREI : Dérive immobilière d’un EESPIG ?
Supérieur privé et Financiarisation : 2025
