E-artsup & Ankama : Alternance ou Intérim ?

Un bien curieux partenariat

 

En 2025, e-artsup  — école de communication visuelle du Groupe Ionis — a conclu avec l’entreprise de création numérique Ankama un partenariat autour de l’alternance avec la bénédiction de l’OPCO AKTO dans lequel les « alternants » se retrouvent à 100% du temps dans l’entreprise en contradiction avec le principe de l’alternance pourtant rappelé sur son site par l’opérateur de compétences : (…) le salarié en contrat d’apprentissage suit une formation en alternance au sein d’un centre de formation d’apprentis (CFA) – durant au moins 25 % de la durée du contrat – puis met en pratique dans l’entreprise grâce aux missions qui lui sont confiées. (Voir Contrat d’apprentissage : ce qu’il faut retenir)

Comment cela est-il possible ?
Partie de la réponse se trouve sur une page du site de l’école où il est indiqué sur le mode publicitaire :
Ce projet n’aurait jamais vu le jour sans un alignement pédagogique fort entre e‑artsup et Ankama. Du côté de l’école, une formation adaptée spécifiquement aux besoins du studio ; du côté du studio, un projet entièrement conçu pour valoriser et faire progresser les jeunes talents. Une synergie rare dans le secteur.(…)
Les étudiants alternants valident à l’issue de cette aventure un titre RNCP de niveau 7, et constituent un book exceptionnel pour la suite de leur parcours professionnel, mais surtout une expérience unique : celle d’avoir participé à la création d’une série originale, dans un cadre professionnel, et d’en avoir vu la diffusion publique dans l’un des plus grands rendez-vous mondiaux du secteur. (…)
Fidèle à l’ADN d’Ankama, le programme ne se limite pas à l’animation. La promesse était celle d’une expérience transmédia, et elle est tenue : en plus de la production de Morshiken, les étudiants ont eu l’opportunité d’intervenir sur des volets d’illustration, de communication, de produit dérivé ou encore de webtoon. Certains ont également participé à des étapes de recherche et de préproduction sur d’autres projets du studio, comme Wakfu Saison 5. (…)
Fournir à une entreprise des candidats préparés à une mission à temps plein n’est-ce pas le rôle d’une agence d’intérim ? À la lecture du texte l’on peut remarquer que les alternants sont destinés d’une part à réaliser de A à Z une production d’Ankama, d’autre part de faire office de force d’appoint.
Notons que la production de « Morshiken » ne se distingue pas des autres productions d’Ankama comme il est précisé dans la présentation du Festival d’Annecy : De l’épique à l’irrévérence : les 3 nouveaux projets d’Ankama Animations ! Sur le site Krozmotion nous trouvons des informations complémentaires sur la conception de la série : « Morshiken » est une série animée produite par Ankama Animations, réalisée par Tot et Malec. Ce projet implique 15 étudiants sélectionnés parmi les meilleurs talents des 11 campus e-artsup, travaillant à plein temps dans un espace dédié au sein d’Ankama Animation. “Il ne s’agit pas d’un simple stage d’observation, mais d’une production complète, conçue pour eux, avec les mêmes outils, les mêmes contraintes et les mêmes ambitions que n’importe quelle série du studio.” Sur le site d’Ankama, Morshiken est un élément constitutif de l’ensemble des projets ; il n’est pas distingué.

Une série de questions se pose :
Quid du tutorat chez Ankama ?
Quid du suivi de l’alternance par e-artsup quand les étudiants sont à temps plein dans l’entreprise ?
Quel est l’intérêt pour e-artsup ? Placer 15 alternants en réduisant la formation école à la portion congrue, à la « constitution d’un book exceptionnel »  et toucher les « frais pédagogiques » de l’OPCO ?
Quel est l’intérêt pour Ankama ? Réaliser une production supplémentaire à moindre coût ?
Question subsidiaires :
Quelle formation e-artsup apporte-t-elle à ses étudiants de dernières années en alternance ? En quoi se distingue-t-elle avec le cas Ankama d’une agence d’intérim ?
Pourquoi Ankama ne devient-il pas lui-même un CFA ?

Nous laissons ce questionnaire en suspend ; les deux entreprises y répondront … peut-être. Cela posé, cette conception « hors norme » de « l’alternance sans alternance » est appelée à se développer suivant le directeur général d’e-artsup qui n’hésite pas à écrire : Nous espérons sincèrement que cette expérimentation extraordinaire, et réussie, inspirera d’autres collaborations comme celles-ci. L’ADN de nos écoles est l’écoute du marché, une capacité d’adaptation rapide, et la volonté forte de proposer la meilleure professionnalisation afin de créer les conditions optimales pour lancer leur carrière dans les industries créatives. Nous avons hâte de proposer d’autres expériences hors-norme comme celle-ci, avec des partenaires audacieux, visionnaires et engagés!

Ce partenariat « hors-norme » est révélateur de la concurrence exacerbée que se livrent les organismes de formation et de leur difficulté à procurer des contrats d’alternance à leurs clients-élèves ainsi que de la recherche de salariés à moindre coût par les entreprises du secteur. Comment l’OPCO AKTO a-t-il pu valider ce qui ressemble fort à une « alternance sans alternance » avec fourniture de travailleurs intérimaires ? Les services de l’IGAS et de l’IGESR vont probablement s’intéresser à ce « cas d’école ».

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Pour aller plus loin

IONIS GROUP : Un groupe particulier
E-artsup : une condamnation qui fera école
Groupe Ionis : Requalification des contrats de travail

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