Au secours de l’enseignement privé lucratif : l’agrément du MESR

Une prétendue régulation au service de la dérégulation

 

Les entreprises lucratives d’enseignement supérieur privé sont dans l’œil du cyclone. Le regard des institutions et des médias nationaux, relayant l’action syndicale et ses alertes, ainsi que les difficultés financières de groupes surendettés avec l’actuelle inflation des dépenses et une croissance en berne les fragilisent. Les « errances » de France compétences avec Qualiopi, les titres RNCP, le Répertoire Spécifique ne sont plus à démontrer tout comme la financiarisation du secteur avec ses fonds de pensions et ses achats à effet de levier en cascades. Ce secteur bénéficie toujours d’un « pognon de dingue » avec les fonds de l’alternance, de l’apprentissage et de la formation professionnelle mais cela ne suffit plus.

Les grands groupes peuvent néanmoins compter sur leurs soutiens gouvernementaux. En témoigne, l’annoncé projet de loi du MESR — informé par le lobbying du CEESPA émanation de « 3E » regroupant « la quasi-totalité des acteurs privés lucratifs de l’enseignement supérieur » — qui doit leur permettre d’investir plus encore Parcoursup avec un « agrément du MESR » attaché non aux formations mais aux établissements eux-mêmes !

Le MESR agent du ministère du Travail ?

Il s’agit de rétablir la confiance envers les formations du privé lucratif relevant du ministère du Travail en ajoutant le tampon du MESR ! Le serpent de mer d’un « label qualité » nous revient donc via l’annonce de Philippe Baptiste, ministre chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, d’un « agrément du MESR » sous forme d’un projet de loi prévu pour la rentrée.

Ce projet d’agrément du MESR est à deux étages. Le premier niveau regroupant le « service public de l’enseignement supérieur », les universités et … les Établissements d’Enseignement Supérieur Privés d’Intérêt Général (EESPIG) ; le second, c’est la grande nouveauté, « les établissements qui demandent une reconnaissance sans avoir d’obligation de service public » c.-à-d. le privé hyper-lucratif. Rappelons que le CEESPA a pour objet de : faire vivre l’initiative privée dans le supérieur ou plaider pour l’intégration de l’enseignement supérieur professionnalisant au sein du secteur de l’enseignement supérieur ou encore pour ne pas les laisser (les 250.000 apprenants) en dehors du MESR simplement parce que nos établissements ne s’appuient pas sur la recherche et sont à but rentable (sic). »

Quant aux critères d’attribution de l’agrément — avec la suppression de l’Hcérès et la création d’une hypothétique institution détachée du politique et du lobby des entreprises privées — aux contrôles et sanctions : « Les critères feront l’objet d’une discussion en lien avec l’ensemble des parties prenantes, publiques comme privées. »

Disposer d’un agrément permettra d’accoler à son logo sur Parcoursup, la bannière « établissement agréé par le MESR ». La confusion public/privé sera achevée sans contrôle formation par formation : ce sont les établissements, les grands groupes du privé lucratif, et non les formations qui bénéficieront de cette « reconnaissance ». Avec cette nouvelle version du « ruissellement macronien », les formations promues par le ministère du travail seront labellisées sous forme de « package établissement », de « marques groupe » et de leurs « sous-marques » par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. C’est aussi la voie ouverte au détournement d’une part des bourses du public vers le privé. BANCO !

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