Formation des assistants dentaires : pourquoi le débat est nécessaire ?

La publication récente d’une tribune critique sur la formation des assistants dentaires* a suscité des réactions, notamment de la part de représentants de la profession qui contestent la légitimité de son auteur à s’exprimer sur le sujet. Pourtant l’auteur est loin d’être un novice en la matière.

Cette réaction soulève une question de fond : qui est légitime pour parler de la formation des assistants dentaires ?

Les assistants dentaires eux-mêmes, évidemment. Mais sont-ils les seuls ? Les apprenants qui vivent la formation au quotidien n’ont-ils rien à dire ? Les employeurs qui recrutent et constatent les écarts entre les compétences attendues et celles observées sur le terrain doivent-ils rester silencieux ? Les organismes de formation, les recruteurs, les praticiens et les autres acteurs du secteur ne peuvent-ils pas eux aussi contribuer au débat ?

La réponse paraît évidente : aucun sujet aussi important ne peut être réservé à la parole d’un seul acteur.

La tribune publiée n’avait pas pour objet de dénigrer les assistants dentaires. Elle ne remettait pas en cause leur engagement, leur utilité ou leur professionnalisme. Elle visait à ouvrir une réflexion sur les conditions dans lesquelles ces professionnels sont formés, recrutés et accompagnés.

Et depuis sa publication, les témoignages reçus n’ont fait que confirmer la nécessité de ce débat.

Des difficultés qui reviennent de manière récurrente

De nombreux professionnels du recrutement, employeurs, organismes de formation et acteurs du secteur font état de problématiques récurrentes.

Plusieurs évoquent des refus d’agrément insuffisamment motivés, un manque de transparence dans certaines procédures et un sentiment de fermeture du système à de nouveaux entrants.

Ces témoignages interrogent d’autant plus que les besoins en assistants dentaires qualifiés demeurent importants et que de nombreux acteurs signalent la saturation des capacités de formation existantes.

Les difficultés de recrutement sont aujourd’hui une réalité largement partagée sur le terrain.

La question de la qualité pédagogique

Parmi les retours les plus fréquents figure également celle de la qualité pédagogique.

De nombreux témoignages indiquent que certains formateurs ne disposent pas toujours de la formation pédagogique, de l’actualisation des connaissances ou des compétences nécessaires pour aborder certains sujets techniques, réglementaires ou organisationnels avec le niveau d’exigence attendu.

À ces préoccupations s’ajoutent des observations portant sur certains supports pédagogiques utilisés dans le cadre des formations. Des erreurs, approximations ou contenus insuffisamment actualisés y seraient parfois relevés. Selon plusieurs observateurs du secteur, de telles lacunes seraient susceptibles d’être jugées inacceptables au regard des standards de qualité généralement attendus par les instances académiques et les organismes d’évaluation de l’enseignement supérieur.

Ce constat ne remet pas en cause l’ensemble des formateurs ni l’ensemble des centres de formation. Il constitue néanmoins une interrogation récurrente exprimée par différents acteurs du secteur et mérite d’être entendue.

Les interrogations ne proviennent d’ailleurs pas uniquement des apprenants ou des employeurs. Certaines sont également exprimées par d’anciens professionnels de la formation eux-mêmes.

Une ancienne formatrice et chirurgien-dentiste témoigne :
« Je suis dentiste de profession et ancienne formatrice. Lorsque j’ai débuté, le programme était solidement construit, largement documenté et éprouvé par l’expérience. Les équipes pédagogiques étaient aguerries, et l’enseignement reposait sur des méthodes qui avaient fait leurs preuves. J’ai toujours considéré que transmettre un savoir impliquait une responsabilité importante et devait se faire en cohérence avec ses convictions pédagogiques. Au fil du temps, il m’a été demandé de me conformer à des méthodes d’enseignement que je jugeais inadaptées aux besoins des élèves. Les changements successifs de programmes et de méthodologies, ainsi que des directives souvent éloignées des réalités du terrain, ont progressivement rendu cette mission difficile à exercer dans des conditions conformes à mes principes. J’ai finalement choisi de partir lorsque j’ai compris que je ne pourrais plus transmettre comme je le souhaitais et que je ne me reconnaissais plus dans les orientations prises. Pour moi, enseigner suppose de pouvoir défendre ce que l’on transmet ; lorsque cette cohérence disparaît, l’engagement s’érode inévitablement. »

Ce témoignage ne prétend évidemment pas résumer l’expérience de l’ensemble des formateurs, dont certains se contentent de peu. Il illustre toutefois les interrogations exprimées par certains professionnels de la formation face aux évolutions successives des référentiels, des méthodes pédagogiques et des orientations qui leur sont demandées d’appliquer.

Les dérives des examens

Comme dans de nombreuses professions, la formation des assistants dentaires repose sur l’obtention d’un Titre professionnel* et non sur un examen national organisé dans des conditions académiques identiques pour tous les candidats. Cette situation soulève une véritable question d’équité et favorise certaines dérives, à l’instar de celles parfois reprochées au contrôle continu dans l’Éducation nationale.

En l’absence d’épreuves nationales, les pratiques d’évaluation ainsi que le niveau d’exigence peuvent varier d’un organisme de formation à l’autre. Plus préoccupant encore, certains organismes communiqueraient en amont aux candidats les sujets susceptibles d’être proposés à l’examen, allant parfois jusqu’à indiquer que l’épreuve portera sur l’un de deux sujets prédéterminés.

Une telle situation paraît difficilement acceptable et peu compatible avec le principe d’égalité de traitement entre les apprenants. Comment garantir une valeur identique de la certification lorsque les conditions de préparation et d’évaluation diffèrent selon l’établissement.

* Les diplômes nationaux français (CAP, Bac, BTS, Licence, Master, etc.) sont généralement identifiables et reconnus à l’étranger, notamment au sein de l’Espace européen de l’enseignement supérieur grâce aux systèmes de correspondance des niveaux de qualification. Les titres professionnels du ministère du Travail sont officiellement reconnus en France et inscrits au RNCP, mais leur notoriété internationale est limitée, parfois inexistante et ne permettent souvent pas une poursuite d’étude… En ce qui concerne le CQP d’aide dentaire, celui-ci ne figure pas au RNCP et n’est associé à aucun niveau de qualification dans le cadre national des certifications professionnelles. Son obtention ne confère donc pas un niveau de diplôme comparable à un CAP ou à un BEP. Cette situation ne s’accompagne pas d’une progression de la reconnaissance sociale ou académique l’Aide dentaire.

Ce que disent les apprenants

Les retours les plus marquants sont peut-être ceux des apprenants eux-mêmes.

Plusieurs témoignages font état d’un sentiment de décalage entre la formation dispensée et les réalités quotidiennes du métier.

L’une d’entre elles résume ainsi son expérience :
« Le programme apparaît largement inadapté aux réalités du terrain. Certains modules paraissent déconnectés de la pratique quotidienne et certains contenus reposent sur des procédures anciennes ou insuffisamment actualisées, alors même que les cabinets dentaires évoluent constamment au rythme des nouvelles technologies, des nouveaux matériaux et des nouveaux protocoles. »`

Cette perception revient régulièrement dans les témoignages recueillis et nourrit une interrogation sur l’adéquation entre les enseignements dispensés et les compétences effectivement attendues dans les cabinets dentaires d’aujourd’hui.

D’autres apprenants s’interrogent également sur la qualité de certains enseignements et sur la préparation pédagogique des intervenants.

La qualité et l’accessibilité des supports pédagogiques sont également régulièrement citées parmi les difficultés rencontrées.

Plus largement, plusieurs estiment ne pas être suffisamment préparés à certaines réalités du monde du travail alors même qu’ils s’apprêtent à intégrer un secteur exigeant. Cette absence de sensibilisation au droit du travail interroge certains apprenants, qui s’inquiètent des conséquences qu’elle peut avoir sur leur capacité à connaître et faire valoir leurs droits.

L’une d’elles résume clairement cette préoccupation :
« Un autre point particulièrement préoccupant concerne l’absence quasi totale d’enseignement sur le droit du travail, les droits des salariés et le fonctionnement des relations professionnelles. Cette lacune laisse arriver sur le marché du travail des personnes insuffisamment informées de leurs droits et donc plus vulnérables face à certaines situations professionnelles problématiques ou à d’éventuels abus. »

Au-delà de la question juridique, ce témoignage soulève celle de la préparation globale des futurs assistants dentaires à leur environnement professionnel et aux réalités auxquelles ils seront confrontés dès leur entrée dans la vie active.

Ces témoignages expriment également une inquiétude face à la réduction de la durée de la formation alors que les missions confiées aux assistants dentaires ne cessent de se diversifier.

L’un d’eux résume ainsi ce sentiment :
« La reconnaissance même du métier semble s’affaiblir. La profession exige pourtant des compétences variées : assistance clinique, stérilisation, gestion administrative, relation patient, organisation du cabinet, adaptation permanente aux évolutions du secteur. Malgré cela, la durée de la formation est passée de 24 à 18 mois. Le message envoyé est paradoxal : alors que les exigences augmentent, la formation est raccourcie et la profession peine à être valorisée. »

Cette réduction représente 25 % de temps de formation en moins.

Les perceptions de la formation sont toutefois loin d’être homogènes.

Certains apprenants se déclarent satisfaits des compétences acquises en dix-huit mois et considèrent que la formation leur permet d’intégrer très rapidement le marché du travail.

D’autres expriment en revanche un sentiment beaucoup plus critique quant à l’image renvoyée par le cursus et à la reconnaissance accordée au métier. L’une d’elles résume ce malaise en des termes particulièrement sévères :
« Parfois, nous avons l’impression d’être davantage à « l’école ménagère à l’intention des dentistes » que dans une formation préparant à exercer une profession de santé disposant de véritables compétences techniques, organisationnelles et relationnelles. »

Au-delà de la formule, volontairement provocatrice, ce témoignage traduit une interrogation plus profonde sur la place accordée aux assistants dentaires dans l’organisation des soins et sur la reconnaissance des compétences qui leur sont demandées au quotidien.

A postériori de la seule question pédagogique, ces différents témoignages illustrent une interrogation plus large sur la place accordée à une « profession de santé » dont les responsabilités continuent de s’étendre au sein des cabinets dentaires.

Une profession qui mérite mieux

Il convient de rappeler une évidence : les assistants dentaires occupent une place essentielle dans l’organisation des soins.
Nous savons le rôle central qu’ils occupent au sein des cabinets dentaires ainsi que les contraintes, les exigences et les responsabilités auxquelles ils sont confrontés au quotidien.

Nombreux sont ceux qui considèrent aujourd’hui que cette réalité doit être mieux reconnue et mieux valorisée.

Précisément parce que les assistants dentaires occupent un rôle central, il est légitime de s’interroger sur la qualité de leur formation, sur son adaptation aux besoins du terrain et sur les moyens de renforcer son niveau d’exigence et leurs possibilités d’évolution.`

Un débat ouvert, pas une attaque

Certains ont présenté cette tribune comme une attaque contre les assistants dentaires. C’est une lecture erronée.

Questionner un système de formation n’est pas remettre en cause les professionnels qui en sont issus. Ils ne sont pas responsables.
Interroger les procédures d’agrément n’est pas dénigrer les organismes existants.

Écouter les témoignages d’apprenants, d’employeurs ou de recruteurs n’est pas parler à la place des assistants dentaires.

Au contraire, c’est reconnaître que les enjeux de formation concernent l’ensemble de l’écosystème professionnel.

Aucun débat sérieux ne peut se limiter à la parole d’un seul acteur. Il doit intégrer les professionnels, « les apprenants qui vivent la formation », les employeurs qui en constatent les effets au quotidien, ainsi que les autres observateurs concernés.

Les nombreux témoignages reçus ces dernières semaines montrent qu’il existe de réelles interrogations et des déceptions. Les ignorer ne les fera pas disparaître.

La question n’est donc pas de savoir s’il faut débattre de la formation des assistants dentaires. La question est de savoir pourquoi ce débat n’aurait pas lieu.

Remerciements

Cet article n’aurait pas pu être écrit sans les soutiens et les nombreux témoignages reçus ces dernières semaines. Mes remerciements vont aux apprenants, assistants dentaires, employeurs, recruteurs, formateurs et directeurs d’organismes de formation qui ont accepté de partager leur expérience.

Leur diversité rappelle une évidence : la formation des assistants dentaires concerne toute une profession et mérite d’être abordée à travers la pluralité des regards qui la composent.

Par Frédéric XIBERRAS

* La formation des assistants dentaires : un voyage dans un monde d’absurdité 18 novembre 2025

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