ICN BUSINESS SCHOOL : de NANCY à JERSEY !?

D’une « association lucrative »

 

Nombre de promoteurs de l’enseignement privé mettent en avant les EESPIG parés des vertus d’associations, de fondations à but non lucratif reconnues d’utilité publique. La plupart de ces établissements font pourtant usage d’un marketing qui n’a rien à envier aux grands groupes de l’enseignement privé dit lucratif avec leur stratégie de marque. Il en va de même pour une « politique sociale » au rabais qui semble ignorer les conditions de travail des enseignants (voir en particulier nos articles sur le cas KEDGE BUSINESS SCHOOL). Ainsi, le secteur n’échappe pas aux effets délétères de la financiarisation chère à l’ultra-libéralisme.

En effet, un nombre croissant de ces entités a vu entrer dans leur capital des fonds de pension, des fonds d’investissement et autres groupes internationaux à l’occasion des errements d’une gestion fondée sur la volonté d’accroître le chiffre d’affaire par l’augmentation du nombre d’étudiants (en particulier étrangers) via la démultiplication d’offres de formation et de projets immobiliers financièrement mal gérés. Ce fut le cas hier d’Emlyon Business School (Galileo Global Education) et aujourd’hui d’ICN Business School (GEDU « Global Education » ; groupe britannique avec Holding dans les Îles anglo-normandes). Un simple transfert d’action de Global Education Holdings Limited (société immatriculée en Angleterre et Pays de Galles) vers Tara Properties Holding Limited (immatriculée à Jersey) et le tour est joué. Le montage juridique permettant le lucratif est fondé sur la SAS ICN Business School détenue à 85% par GEDU Holdings (Ireland) Limited et l’association, non lucrative d’origine, à 15%. Emlyon et ICN ont logiquement perdu le label EESPIG.

Il est grand temps que les services du MESR (CCESP) voire les élus de la Nation s’emparent de cette problématique en s’interrogeant d’une part sur le maintien de ce label de l’État à telle ou telle institution hors clous ainsi que sur les clauses des contrats passés entre les deux parties d’autre part sur l’exonération fiscale des revenus et des patrimoines de ces écoles de commerce ou d’ingénieur privées fondée sur les critères : d’une gestion désintéressée (des directions parlent ouvertement de marché et de concurrence) ; d’une indépendance de gestion (le contrôle par un groupe lucratif s’oppose à une telle indépendance) ; de la politique sociale (abus de CDDU et recours à la facturation) ; de ne pas partager de bénéfices (quid de l’entrée au capital de certaines de ces écoles de fonds de pensions et d’investissement ; quid des SAS et autres SCI attachées ; quid du niveau de rémunération des dirigeants) ; de la non concurrence au secteur commercial (le développement du marketing est en contradiction), etc.

L’arrivée de ces fonds d’investissement dans un enseignement — certes privé mais agrée par l’État — risque de voir s’accentuer la précarisation du travail, ainsi que le développement des enseignements et des diplômes en ligne, accompagnés par une forte hausse des budgets consacrés aux équipes de communication et de marketing au détriment des enseignants et de la qualité pédagogique. Si l’on se reporte à la page d’accueil d’ICN (« Chiffres clés »), l’on peut noter : 89 professeurs permanent contre 200 professeurs qualifiés de « vacataires » et 150 « staffs administratifs », 38% d’étudiants étrangers. Sur les 18 formations présentées 13 bénéficient des fonds de l’alternance et 3 de l’apprentissage ; les deux restant sont un « PHD » maison et un DBA délivré conjointement par ICN et BSI (Luxembourg) il est annoncé : Graduates will receive both a university degree (“diplôme d’université”) of Doctor in Business Administration from Jean Moulin University and the title of Executive Doctor in Business Administration from ICN & the Business Science Institute. Et : The BSI DBA programme is AMBA accredited and ranked #4 in the prestigious DUBAI RANKING of DBA (October 2020). Tout un programme !

De manière générale, la financiarisation de l’enseignement pose des questions fondamentales telles que l’accès gratuit à l’éducation et à la formation qui est un droit constitutionnel, le rôle de contrôle de l’État dans un environnement instable et hyper-concurrentiel, la précarisation des enseignants et la porosité du public et du privé.

Pour aller plus loin : 

Supérieur privé et Financiarisation : 2025

Kedge Business School : Rien ne va plus !
Kedge Business School : la suite
Kedge Business School : le feuilleton continue
Kedge Business School : Discrimination le voile se lève
Kedge Business school : Abus caractérisé de CDDU

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