Employeurs : Détournement de l’alerte harcèlement

Détournement de l’alerte harcèlement par les employeurs : effet pervers et ordre social dévoyé

De trop nombreux représentants du personnel connaissent déjà les formules culpabilisantes et/ou menaçantes : « Vous épuisez (ou vous harcelez) le service paie ou RH avec vos demandes incessantes », « Vous nuisez à la bonne marche du service, de l’entreprise », « Vous ne prêtez pas attention aux conséquences de vos demandes incessantes sur la santé de vos collègues », « Vous allez mettre en burnout vos collègues », « Vous reposez tout le temps les mêmes questions », « C’est du harcèlement », etc.

Un nouveau degré a été franchi. Dans certaines entreprises, des membres de la direction ou du service RH peuvent faire usage de l’alerte harcèlement à l’encontre de représentants du personnel jugés « trop remuants » c’est-à-dire défendant les intérêts professionnels de la communauté de travail en faisant usage des outils mis à leur disposition par le code du travail et la convention collective ad hoc, de leur droit constitutionnel¹. La procédure peut être alors utilisée comme contre-feu à une alerte déjà déposée par un élu ou directement comme moyen de coercition pour que le « fâcheux » rentre dans le rang ou disparaisse de l’entreprise (rupture conventionnelle, démission, licenciement abusif). Pour de trop nombreux dirigeants ou suppôts de directions toxiques pour qui le code du travail est un gros mot, être mis en face de son incompétence et/ou de sa mauvaise foi est insoutenable. Les élus ou mandatés qui remplissent leur mission de représentation du personnel et font usage des droits d’alerte et/ou des expertises économiques et sociales en mettant à jour les méthodes d’assèchement de la valeur ajoutée, avec les conséquences afférentes sur la rémunération et les conditions de travail, sont considérés comme des empêcheurs de tourner en rond. Le Roi est nu et c’est insupportable.

Si vous vous trouvez dans cette situation — c’est d’abord le signe de votre efficacité et que vous avez touché juste auprès de votre direction — alertez au plus tôt votre inspection du travail et le syndicat pour vous soutenir : s’attaquer à un camarade, c’est s’attaquer à tout le syndicat !

N.B. : Retrouvez aussi le décryptage de Sébastien Scognamiglio concernant le droit d’alerte suite à une récente décision de la cour de Cassation. C’est par ici !

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1. Article 8 du « Préambule de la constitution de 1946 » : Tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises.

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